SEPT FTP TUÉS AU COMBAT
LE 18 JUILLET 1944
A PENHOAT EN TRÉVÉREC


Récit de Marcel PARANTHOEN, de Larmor-Pleubian
ancien maquisard du maquis de Lanleff

Témoignage recueilli par François GUILLOU le 13 juillet 1994.
Notre maquis était cantonné dans la forêt de Bois-Gélin, en Lanleff, lorsque nous reçûmes l'ordre le 18 juillet 1944, d'aller prendre livraison des armes et munitions qui venaient de nous être parachutées dans la région de Trévérec.
Nous avions été désignés, au nombre de dix-neuf, pour effectuer cette dangereuse opération.
Parmi ces dix-neuf, dont j'étais, il y avait Désiré LE MOULLEC, Joseph LE GUEN, Yves PARANTHOEN, Jean LE GUILCHER, Albert HEMEURY, André LORGERE, Yves LE QUELLEC, tous de Pleubian.
Pour assurer ce déplacement, nous étions guidés par des FTP armés de la région de Paimpol dont Yves DENES et Pierre BLEIZ, entre autres.
L'endroit du parachutage se trouvait à environ 3 à 4 kilomètres de notre base de départ.
Arrivés sur les lieux, nous avons pris livraison des armes en pièces détachées et des munitions qui nous étaient destinées, avant de prendre, ensuite, la direction de Kerfot.
En cours de route, nous avons eu la désagréable surprise d'être pris sous le feu des Allemands dissimulés à proximité de l'endroit où le monument a été érigé depuis.
C'est là, précisément, que furent abattus sept des nôtres, dont : Albert HEMEURY, André LORGERE et Yves LE QUELLEC.
Les Allemands, une soixantaine, mieux armés, nous avaient attaqués aux fusils mitrailleurs et avec d'autres armes.
Pour notre part, nous avions riposté avec nos faibles moyens. A ma connaissance ils avaient dû, eux-mêmes subir des pertes.
Dans cette situation, il ne nous restait plus qu'à nous replier en direction de Pléhédel, sans avoir à subir d'autres pertes, grâce à Jean LE GUILCHER qui abattit un soldat allemand posté sur le petit pont du Leff pour contrôler la traversée de ce petit cours d'eau.
Le Leff franchi, nous avons ainsi pu rejoindre le maquis de Kerfot, sous le commandement de Pierre FEUTREN (Tonton PIERRE) et participer, le 18 août 1944, à la libération de Paimpol.


Extraits du récit de l'ancien maire de Trévérec

Pendant de nombreuses années les conditions de la mort des sept maquisards sont demeurées obscures. Qui étaient-ils ? D'où venaient-ils ? Que faisaient-ils ce jour-là dans la vallée tragique ?
Aujourd'hui, cinquante ans après, des survivants se sont manifestés. Nous avons retrouvé Roger LE GUILLOUX, 68 ans, retraité de la Marine Marchande à Lanloup, Joseph LE GUEN, 73 ans, de Binic, ancien marin lui aussi et Jean GUYOMARD, de Pommerit-le-Vicomte.
Certains sont présents aujourd'hui, leurs témoignages permettent de revivre la bataille de Penhoat.
Depuis plusieurs mois, une vingtaine de jeunes gens regroupés sans armes se cachaient dans le Bois-Gélin sous des tentes pour échapper au Service du Travail Obligatoire (S.T.O.), aux réquisitions et attendre l'heure de rejoindre la maquis de Kerfot en formation. Ils étaient nourris dans les fermes de la région et attendaient les ordres de Pierre FEUTREN, dit Tonton PIERRE, chef du maquis de Kerfot, un héros de légende, tombé sur le front de Lorient en 1945.
La situation de la résistance dans le département pendant la dernière quinzaine de juillet 1944 est catastrophique, 15 000 hommes en armes, sous les ordres du colonel MARCEAU s'étaient soulevés contre l'occupant, mais ce dernier avait pris les mesures pour anéantir la résistance en Bretagne.
Le 74ème Corps d'Armée de la Wehrmacht retiré du front russe où il était habitué à la guerre contre les Partisans était spécialisé dans la lutte contre les maquis.
Les Allemands voulaient en finir au plus vite pour envoyer des renforts sur le front de Normandie.
Malheureusement pour nous ils furent puissamment aidés par de nombreux Alsaciens et miliciens sous les ordres de Maurice ZELLER, agent de la Gestapo, boulevard Lamartine à Saint-Brieuc, un alsacien ancien officier français, chassé de la Marine Nationale avant guerre pour trafic d'opium en Indochine. Le sinistre ZELLER, dont j'ai suivi le procès à Rennes, s'est vanté, avant d'être fusillé en 1946, d'avoir infiltré les trois-quarts des maquis des Côtes-du-Nord.
Les uns après les autres les maquis étaient localisés, infiltrés, attaqués et anéantis.
Nous étions tous terrorisés devant l'ampleur du désastre et la mort imminente qui approchait.
Les Américains piétinaient toujours en Normandie, la percée d'Avranches ne devait intervenir que le 1er août 1944.
Roger LE GUILLOUX, se souvient :
"Nous sommes partis du Bois-Gélin vers 16 heures, en file indienne à travers champs, guidés par Jean Marie GUILCHER. Nous étions dix-neuf. A quelques centaines de mètres du moulin Le Bévillon, nous avons trouvé des armes dans un bosquet. J'ai pris un fusil mitrailleur, vingt-quatre chargeurs et un colt. Les autres ont pris des grenades, des mitraillettes Sten et ce qu'ils ont pu. Soudain Jean Marie GUILCHER s'est écrié : "Ils sont là !", avant qu'une rafale de mitrailleuse ne balaie la vallée. De tous côtés les Allemands arrivent. Aussitôt c'est la panique, la terreur, le sauve qui peut et le drame. Courageusement Jean Marie GUILCHER s'approche de la mitrailleuse et la réduit au silence à la grenade".
Un court répit permet à douze combattants d'échapper à l'encerclement. Pour les autres, c'est la tragédie, un baptême du feu sanglant ! Ils sont tués tous les sept les uns après les autres, certains dans des conditions atroces.
Jean GUYOMARD, de Pommerit-le-Vicomte, chef de maquis de Coat-Lan, au Merzer, présent pour le parachutage réussit avec son groupe à échapper au piège qui se refermait en passant par Tréméven et Gommenec'h.
Roger LE GUILLOUX, caché dans une rivière, la tête hors de l'eau près d'une souche échappe miraculeusement aux recherches. Il s'enfuit par Coat-Men et rejoint le maquis de Kerfot.
Les Allemand avaient établi leur quartier général près du donjon. Ils savaient manifestement qu'un parachutage avait eu lieu et que les armes seraient partagées entre différents maquis dont ceux de Kerfot, Squiffiec et Le Merzer.
Les dépouilles mortelles des malheureux camarades ont été transportées au bourg de Trévérec et inhumées provisoirement dans le cimetière de Trévérec après une émouvante cérémonie religieuse.
Il convient aussi de rendre hommage à la population, au conseil municipal et au recteur l'abbé URO qui ont eu le courage d'assister à cet enterrement malgré les dangers de la présence ennemie.
Le monument actuel du Pen-Hoat fut inauguré par le Préfet Henri AVRIL en 1945.


les maquisards FTP furent tés à l'endroit des croix

Eugène BONNIEC

Yves LE COQ
Les 7 FTP tués au combat

DENES Yves
Né le 22 décembre 1919 à Paimpol (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor).
Demeurant à Kerity près de Paimpol.

EMEURY Albert
Né le 18 juillet 1917 à Pleubian (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor).
Demeurant à Pleubian.

LE BONNIEC Eugène
Né le 4 avril 1927 à Caouënnec (Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor).
Demeurant à Pléhédel Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor).

LE COQ Yves

Né le 5 août 1926 à Plouézec (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor).
Demeurant à Plouézec.

LE GUYADER André

Né le 27 janvier 1925 à Sept-Forges (Orne).
Demeurant à Kermaria en Plouha Côtes-du-Nord, Côtes d’Armor).

LE QUELLEC Yves

Né le 1er janvier 1921 à Pleubian (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor).
Demeurant à Pleubian.

LORGERE André
Né le 7 décembre 1923 à Pleubian (Côtes-du-Nord ; Côtes d’Armor).
Demeurant à Pleubian.

le monument de Penhoat en Trévérec